Matinée d’études : La littérature de la Renaissance aujourd’hui

Samedi 28 novembre 2015 (9h-12h)

École normale supérieure, 29 rue d’Ulm, 75005 Paris

Salle 235 A

À l’occasion de ses quinze ans d’existence, le séminaire Polysémie organise une matinée de réflexion dédiée aux évolutions et aux inflexions qu’auraient pris l’étude et l’enseignement de la littérature de la Renaissance ces quinze dernières années. La matinée comportera deux tables rondes l’une consacrée à la recherche, l’autre à l’enseignement.

Table ronde n°1 : Isabelle Pantin, Blandine Perona, Roland Béhar, Pascale
Mounier.
Table ronde n° 2 : Michel Magnien, Anne Réach Ngô, Adeline Lionetto, Alice
Vintenon.

Avec la participation d’Anne-Pascale Pouey-Mounou.

Programme de la matinée

Table ronde n°1 : L’actualité de la recherche sur la Renaissance

La « littérature » (ou plutôt les Belles Lettres de la Renaissance si l’on s’accorde sur le fait que la « littérature », définie par sa finalité autotélique, date du XIXe siècle) ne correspond pas parfaitement au clivage actuel des disciplines, et les travaux de certains chercheurs, comme Jean Céard et Daniel Ménager qui ont influencé les débuts de Polysémie, ont montré comment l’intérêt porté à l’histoire des idées et à la philosophie (au sens large qui est celui de ce terme à la Renaissance) pouvait renouveler l’étude littéraire. Ces dernières décennies, le paysage de la recherche seiziémiste française a également vu émerger de nouveaux objets d’étude, dans le sillage des travaux de Marc Fumaroli sur la rhétorique, d’Henri-Jean Martin sur l’histoire du livre, de Pierre Laurens sur la littérature néo-latine ou encore du développement des études de genre. Ces nouvelles orientations élargissent le champ d’étude à explorer et introduisent, pour certaines, dans l’étude littéraire des textes de la Renaissance une perspective historicisante confirmée par la méfiance des chercheurs vis-à-vis de tout anachronisme, et en décalage avec l’intérêt que cette notion suscite par ailleurs dans le champ littéraire autour des travaux d’Yves Citton par exemple. La nouvelle philologie du XXIème siècle est un minutieux travail de reconstitution du sens à partir de l’histoire des textes et de leur matérialité. Le « chercheur idéal » est celui qui, semblable au lecteur idéal d’Umberto Eco, est capable d’embrasser l’ensemble du champ des savoirs pour restituer au texte la totalité de ses potentialités de signification.

Nous proposons de revenir sur l’évolution de la recherche en littérature depuis le lancement du séminaire Polysémie en 1999,  autour des questions suivantes :

  • Comment les nouvelles approches scientifiques (philologie, bibliographie matérielle, « digital humanities », études de genre) renouvellent-elles l’étude de la Renaissance ? Comment modifient-elles le champ du « littéraire » ?
  • Au rebours d’une approche centrée sur un siècle et une discipline, quels sont les apports et les limites d’une approche transséculaire (ouverture sur Moyen Âge en amont et sur le XVIIe siècle en aval) et multi-disciplinaire (littérature, histoire, histoire de l’art, philosophie, etc.) ?
  • Quelles sont les approches méthodologiques ou thématiques qui feront l’avenir de la recherche ?
  • Comment comprendre le fait que les seiziémistes (à la différence des chercheurs étudiant d’autres périodes) recourent peu aux outils et notions anachroniques pour étudier les textes de la Renaissance ?

 

Table ronde n°2 : Enseigner et transmettre les textes de la Renaissance

Le deuxième volet de cette demi-journée portera sur l’enseignement de la littérature des siècles anciens à l’université. Les termes du débat ont déjà été posés à plusieurs reprises, en particulier dans le numéro de décembre 2009 de RHR. Jean-Raymond Fanlo et Daniel Martin, reprenant les échanges ayant eu lieu lors d’une table ronde sur l’enseignement de la littérature de la Renaissance, observaient que la littérature de la Renaissance, placée dans l’ombre du Grand siècle, était d’un abord difficile en raison des spécificités de la langue pré-classique, de l’importance de la rhétorique, de la forte intertextualité, du goût de l’énigme, ou encore de l’esthétique de l’abondance. Effet paradoxal seulement en apparence, les progrès de la recherche éclairent l’œuvre pour les spécialistes et la rendent plus difficile d’accès pour les profanes. Pourtant, le succès d’Un été avec Montaigne d’Antoine Compagnon révèle a contrario un intérêt et une curiosité pour la littérature et la pensée de la Renaissance qui dépassent le cercle sélectif des initiés. Dans un contexte épistémologique général survalorisant les sciences expérimentales et technologiques pour leur rapport apparemment clair à la vérité et leur potentiel de développement économique, de tels succès nous rappellent que la transmission du patrimoine intellectuel, et humaniste en particulier, reste bien perçue comme le garant de la liberté de penser par un peuple tourné vers son histoire.

Nous proposons d’aborder la question de la transmission des textes de la Renaissance à partir des pistes suivantes :

  • Dans quelle langue faire lire les textes du XVIème siècle, et quel type d’édition critique choisir pour des étudiants n’étant pas familiers avec la langue classique ? Sachant qu’un long appareil de notes incite à la paraphrase des étudiants qui n’ont pas encore acquis la méthodologie des exercices universitaires, quel usage faire de ce type d’édition critique ? Quelles précautions d’usage peut-on formuler ?
  • Comment faire comprendre aux élèves les paradigmes de pensée des siècles anciens ? En particulier, comment dépasser le cloisonnement des disciplines pour donner à penser la transdisciplinarité de la littérature d’Ancien régime ?
  • Les nouvelles approches méthodologiques ou thématiques de la recherche seiziémiste et dix-septiémiste ont-elles une influence sur l’enseignement, comme pourrait l’indiquer l’apparition de cours portant sur l’histoire du livre, la rhétorique et les techniques de l’argumentation ? Quelle place accorder à ces nouvelles approches scientifiques dans l’enseignement de la littérature des siècles anciens ?
  • Comment les enseignants peuvent-ils susciter des vocations pour les siècles anciens, alors que ceux-ci sont moins étudiés et moins connus que les XIXème et XXème siècles, et que le nombre de cours de littérature sur les XVIème et XVIIème siècles semble diminuer ?