Programme séminaire 2013-2014

L’Image

VENDREDI 24 JANVIER. 17h-19h30

Salle Beckett (Voir plan d’accès n°1, la salle Beckett y figure en rouge : entrée principale 45 rue d’Ulm, face à la cour aux Ernest prendre le couloir sur la droite, arrivé à l’escalier A rester toujours au rez-de-chaussée et prendre le couloir sur la gauche. Plan d’accès n°2 : la salle Beckett correspond sur ce plan au n°13).

Thibault Catel  et Rachel Darmon : Introduction

Thème n°1 : Image et théologie

–          Denise Ardesi (Tours, CESR) : « L’image chez les Kabbalistes à la Renaissance ».

–          Servane L’Hopital (Université Lyon II) : « La représentation vive  au XVIIe siècle : enjeux rhétoriques, théologiques, dramatiques ». Résumé et bibliographie commentée.

*****

VENDREDI 14 FEVRIER. 17h-19h30

Salle Beckett: accès plans 1 et 2.

Thème n°2 : L’iconologie.

–          Bertrand Madeline (EHESS) : Pour une iconographie amoureuse : mise en perspective des Essais d’iconologie d’Erwin Panofsky (1939) et de Le sujet dans le tableau : Essais d’iconographie analytique de Daniel Arasse (1997).

–          Florian Métral (Université Paris I-Panthéon-Sorbonne) : « L’image et la figuration du processus créatif. Quelques réflexions sur les représentations de la création du monde au XVIe et au XVIIe siècle ». Voir Résumé programmatique  et   Bibliographie commentée.

–          Camille Grand-Dewyse (Université Paris IV-Sorbonne et The University of Chicago) : « Langage et image : les émaux peints de Limoges à la Renaissance ». Voir Résumé programmatique de l’intervention.

*****

JEUDI 13 MARS. 17h30-20h

Salle info 2 : Plan d’accès

Thème n°3 : Image et pédagogie.

–          Pauline Dorio, compte-rendu : Frances A. Yates, The Art of Memory, 1966 (trad. D. Arasse, L’Art de la Mémoire, 1975).

–          Elsa Veret (Université Paris IV-Sorbonne) : « Énigmes en figure, énigmes en peinture : des exercices des collèges  jésuites (vers 1588) aux gravures du Mercure galant (1678) ». Voir : Résumé programmatique et bibliographie commentée.

–          Daniel S. Larangé (Abo Akademi, Finlande) : « Vers une culture de l’image dans la tradition réformée des Frères tchèques ? ». Voir Résumé programmatique et bibliographie.

*****

JEUDI 10 AVRIL. 17h30-20h

Salle info 2. Plan d’accès

Thème n°4 : Le rapport texte-image.

–          Marie Bonvallat (Université de Valenciennes) : « L’Image dans le traité anatomique de Charles Estienne La Dissection des parties du corps humain (1546) ». Voir résumé programmatique de l’intervention et Bibliographie.

–          Aurore Schoenecker (ENS et Université Paris III-Sorbonne nouvelle) : « La mise en emblèmes des rodomontades espagnoles, ou l’expression en figures d’une conception ethnographique au XVIIe siècle ». Voir résumé programmatique de l’intervention.

–          Roberto Romagnino (Université Paris IV-Sorbonne) : « Miscere utile dulci : réflexions sur la rhétorique des images dans quelques romans illustrés du XVIIe siècle, entre fonction ornementale et protocole de lecture ». Voir Résumé programmatique et bibliographie commentée.

*****

VENDREDI 23 MAI. 17h-19h30

Salle Beckett : Plans d’accès 1 et 2.

Présentation de leurs travaux par des chercheurs avancés.

–          Trung Tran (Université Montpellier III) : « « Illustrer », « historier », « figurer »: ce que l’image fait au texte ».

–          Bernard Teyssandier (Université de Reims-Champagne-Ardenne) : « Pourquoi illustrer Philostrate ? L’édition des Images de 1614 : enjeux esthétiques, pédagogiques et politiques d’un livre d’apparat au XVIIe siècle ».

Publicités

Appel 2013-2014

L’image à la Renaissance et au premier XVIIe siècle

Le thème que nous vous proposons pour l’année 2013-2014 est « Image ». Conscients de l’ampleur d’un tel sujet, nous voudrions l’aborder sans présomption ni prétention d’exhaustivité, mais non sans exigence : c’est précisément la diversité de ses champs d’application et de ses significations qui nous pousse à mettre ce thème sur le métier et à le soumettre à une réflexion collective, plurielle et transdisciplinaire. Il nous semble offrir un point de rencontre idéal pour un séminaire s’adressant à de jeunes chercheurs désireux d’appréhender leur période d’étude dans toute sa complexité.

L’image renvoie tour à tour à l’iconologie (y a-t-il un langage propre à l’image ?), à la stylistique (la représentation suscitée par l’emploi de figures comme les tropes), la philosophie (réévaluation du statut de l’image dans le néoplatonisme ficinien, renouvellement des lectures aristotéliciennes), la théologie et les pratiques liturgiques (tendances iconoclastes et iconophiles, qui ne recoupent pas systématiquement la partition entre Réforme et Contre-Réforme), l’épistémologie (capacité de l’image et de l’imagination à faire accéder à la vérité). Aucune de ses approches n’en épuise le sens.

Le statut et le rôle de l’image au XVIe et au début du XVIIe siècle sont très éloignés des usages contemporains. L’image, en tant que produit de l’imagination, l’une des principales facultés de l’âme, est au coeur de l’« anthropologie » de la Renaissance qui s’interroge sur sa puissance persuasive et émotive ainsi que sur les mécanisme psychiques et cognitifs qu’elle met en jeu, notamment dans les traités des passions. Omniprésente, elle demande à être analysée selon des termes et critères spécifiques à cette période. Moment d’exploration enthousiaste et renouvelée, l’on s’y essaye à toutes les combinaisons possibles du texte et de l’image : emblème, hiéroglyphe au sens donné par les humanistes, livre-galerie, arts de mémoire, etc.

Nous espérons ainsi mieux évaluer la dimension matérielle et visuelle de la culture de la Renaissance et du XVIIe siècle, en prenant en compte l’inscription des signes sur la page, et en considérant le livre comme un objet tangible et visible. Un des premiers modes d’inscription du rapport texte/image se fait dans la matérialité de l’ouvrage imprimé (gravure, taille-douce, etc.). Tant s’en faut pourtant que l’image se réduise à un rôle illustratif : sa relation avec le texte est bien souvent, au contraire, le point de départ d’une interrogation herméneutique.

Le renouveau pédagogique place l’image au coeur du processus éducatif, que ce soit, comme chez Érasme, par une réflexion sur l’enargeia ou plus tard dans les collèges jésuites qui n’hésitent pas à recourir à différents supports d’images dans l’enseignement (tableaux, estampes à sujet religieux, historique ou moral ; livres illustrés sur l’histoire sainte, l’histoire de France, la mythologie, planches didactiques, etc.). L’image est également partie prenante de la quête d’un langage universel, plus proche des mystères divins qui ne se laissent pas réduire au seul langage verbal.

Comment « lit-on » une image à cette époque ? L’image signifie-t-elle de la manière que le texte ? Quel est le sens du ut de « ut pictura poesis » : rapport d’identité entre les deux ou simple similitude métaphorique ? Doit-on opposer systématiquement une lecture rhétorique de l’image à un type d’analyse fondé sur le concret des formes, qui souligne que textes et images ne sont pas réductibles l’un à l’autre ?

Nous avons définis les cinq axes de recherche suivants pour orienter les problématiques de nos séances. Il s’agit là d’une proposition, qui pourra être nuancée et complexifiée selon les propositions de communication.
1. Image et imagination. Les rapports qu’entretiennent la faculté imaginative et l’image, notamment dans les textes médicaux, rhétoriques ou fictifs seront à explorer.
2. Image et texte. Il s’agira d’étudier les rapports qu’entretiennent les images imprimées (emblèmes, illustrations, marques typographiques d’imprimeurs, etc.) avec le texte en regard duquel elles s’inscrivent.
3. Rhétorique de l’image. La place et l’usage de l’image dans les Belles Lettres (rhétorique, poésie, fiction narrative ou dramatique). Les figures de l’enargeia (description, hypotypose, ekphrasis) ou encore la métaphore, connue depuis Aristote pour sa capacité imageante, pourront faire l’objet d’études spécifiques.
4. Pédagogie et exemplarité. L’image sera ici envisagée comme technique didactique éprouvée qu’il s’agisse d’édifier, d’enseigner ou d’expliquer.
5. Philosophie et théologie. On rendra compte des interrogations de l’époque sur le pouvoir de la représentation. L’image est-elle un guide ou un obstacle à la vérité ?

Programme du séminaire 2013-2014

Le Nom à la Renaissance et au premier XVIIe siècle

Toutes les séances ont lieu à l’École normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris.

Mardi 4 décembre 2012
18h30 – 20h, salle informatique 1
Introduction à la notion de l’année par Adeline Desbois et Adrienne Petit
Audrey LECOEUR (Université Paris-III) : « Le nom propre dans la poésie de Théophile de Viau : instrument de dialogue poétique et politique »

Mardi 18 décembre 2012
18h30 – 20h, salle informatique 1
Christine BÉNÉVENT (Maître de conférences, CESR, Tours) : « Les noms propres à la Renaissance: des identités variables, des autorités problématiques »

Jeudi 10 janvier 2013
18h – 20h,  salle des Résistants
Stéphan GEONGET (Maître de conférences, CESR, Tours) : « Louis Le Caron dit Charondas, de l’art de se faire un nom »

Jeudi 24 janvier 2013
18h – 20h,  salle des Résistants
Hervé BAUDRY (chercheur au Centro de História da Cultura, Université nouvelle de Lisbonne) : « Propriétés et propreté du nom. Les fonctionnements et les sens du nom de l’hérétique dans les index de prohibition et d’expurgation. »

Jeudi 7 mars 2013
18h – 20h, salle des Résistants
Bérengère BASSET (Université Toulouse-Le Mirail) : « L’apophtegme : le nom et la chose. Un nom commun à traduire et à s’approprier »

Jeudi 28 mars 2013
18h – 20h, salle des Résistants (plan d’accès)
Pauline DORIO (Université Paris-III) : « Sagouins et marmots : l’emploi polémique du nom propre dans la querelle de Marot et Sagon »
Christina DIEGO PACHECO (Maître de conférences, Université Nancy 2) : « Le terme musical à la Renaissance : le cas espagnol »

Mardi 9 avril 2013 
18h 30 – 20h, salle Cavaillès
Suzanne DUVAL (Université Paris-Sorbonne) : « Le style substantif dans le roman baroque: didactisme et ornement »

Jeudi 16 mai 2013
18h – 20h, salle des Résistants
Francesco MONTORSI (Université Paris-Sorbonne) : « L’adaptation des noms propres dans la traduction d’un poème chevaleresque italien. Morgant le géant (1519) et l’assimilation aux “vieux romans” »  
Adrienne PETIT (Université Paris-Sorbonne) : « Les noms de passions dans la Clélie de Madeleine de Scudéry »

Mardi 28 mai 2013
18h – 20h, salle Beckett
Ada SMANIOTTO (Université Paris Ouest-Nanterre) : « Réception de l’onomastique du XVIe siècle dans les Contes drolatiques de Balzac (1832-1837) : un pastiche à “l’encre rieuse” »

Le nom à la Renaissance et au premier XVIIème siècle

<Télécharger l’appel au format pdf>

Le nom

Organisateurs : Rachel Darmon, Adeline Desbois, Adrienne Petit, Alice Vintenon

La notion que nous proposons d’étudier pour l’année 2012-2013 est le nom, dans toute sa polysémie, du nom propre au nom commun (ou « nom appellatif » selon la terminologie de l’époque). Temps des premières grammaires et des premiers dictionnaires du français, la première modernité est une période d’intense réflexion sur les langues et leurs systèmes. L’activité des traducteurs suscite des interrogations sur le moyen d’enrichir les langues et de les illustrer, mais aussi plus largement, sur leurs origines et les relations qu’elles entretiennent entre elles. Marie-Luce Demonet a montré, dans La Voix du signe, qu’en dépit du regain d’attention porté au Cratyle traduit et commenté par Ficin, la pensée dominante était celle de l’arbitraire du signe, d’un arbitraire motivé par l’étymologie, l’emprunt ou la dérivation. La motivation du signe rend compte d’une quête du sens, qui touche à cette époque les noms communs comme les noms propres, réels ou fictifs, qu’on cherche à expliquer et à interpréter, à l’exemple du Beau-ce de Rabelais. Interpréter le sens du nom peut alors permettre de mieux saisir l’essence de l’objet qu’il désigne, et la recherche étymologique, dans la tradition d’Isidore de Séville, est un processus souvent employé dans cette perspective. Au XVIIe siècle, malgré une réflexion d’ordre philosophique sur le langage, cette recherche de signification perdure avec, par exemple, l’art de la nomancie qui lit la fortune d’une personne dans l’examen des lettres de son nom. Inversement, l’essor des traductions et la multiplication des découvertes, géographiques, zoologiques ou botaniques, posent le problème de la nomination des realia étrangères : quel mot utiliser ou inventer ? Pour les lecteurs modernes que nous sommes, ces processus d’interprétation et de nomination sont révélateurs de la pensée et de l’imaginaire de la première modernité.

Considéré avec le verbe comme une partie primordiale du discours, le nom est un terme générique qui comprend aussi bien le nom propre, le nom commun que l’adjectif (alors appelé « nom-adjectif »). Les deux premiers sont distingués du dernier en tant qu’ils désignent des substances, des choses, tandis que l’adjectif est associé à l’expression de qualités ou accidents. Ces différentes catégories grammaticales sont alors moins pensées dans leurs différences que selon un continuum qui brouille leurs frontières respectives, comme en témoigne l’importance de la dérivation impropre tout au long de cette période : afin de hausser le prestige de la langue française, Du Bellay enjoint dans La Deffence de recourir aux infinitifs substantivés à l’italienne, tandis que la littérature galante use abondamment d’adjectifs substantivés – possiblement calqués de l’espagnol – propres au style d’analyse. Dans l’économie classique de la phrase, le nom acquiert une toute nouvelle visibilité du fait de l’adoption de l’ordre des mots actuel, mais aussi en raison d’un élagage progressif du système de la caractérisation qui restreint les procédés d’amplification tels que la périphrase. Nombre de critiques, à l’instar de Roger Lathuillère, ont souligné l’importance de cette catégorie au XVIIe siècle, au point de parler de « style substantif », et ont exploré la richesse sémantique et stylistique des noms abstraits.

Les noms propres ont un fonctionnement syntaxique et sémantique spécifique, que ce soit les noms de Dieu, qui ont pu être considérés comme divins en eux-mêmes, les anthroponymes ou encore les toponymes. Catégorie de mots particulièrement productive, comme l’a illustré François Rigolot dans Poétique et onomastique, ils sont au cœur de la poétique de nombreux textes. Les figures rhétoriques de l’antonomase, l’anagramme, ou encore la paronomase peuvent être mises au service de réseaux de signification internes : ainsi, l’Olive de Du Bellay est tout à la fois olive et voile. A contrario, le caractère référentiel du nom propre associé au procédé de l’allusion, qui suscite la connivence du lecteur et donne naissance aux lectures à clé, peut rapprocher l’univers fictionnel du monde réel : le nom devient alors le support masqué d’une description de la réalité historique.

L’envergure du spectre sémantique du terme, qui signifie également « titre » ou « réputation », confère également aux noms une implication politique et sociale à une époque où la législation politique et religieuse tend à imposer une fixation des noms, et en particulier à codifier la transmission des noms de famille d’une génération à l’autre. Cette fixation juridique des noms n’empêche pas le déploiement de pratiques qui les rendent protéiformes : les pseudonymes et les procédés de substitution par la devise ou la marque (dans le cas des imprimeurs) donnent des équivalences textuelles ou graphiques au nom d’origine. L’implication sociale des noms concerne également leur introduction dans le discours, dans la mesure où les règles de bienséance et de convenance prennent une importance accrue avec le développement de la courtoisie et de la politesse mondaine.

Lors du séminaire, nous souhaiterions ré-explorer cette notion du « nom », au cœur de la pensée et de l’imaginaire linguistique, philosophique, littéraire, social, politique ou encore artistique de la première modernité. Les communications pourront être centrées (entre autres)  sur les thèmes suivants :

  • Théories du langage et théories du nom : les théories philosophiques et linguistiques utilisées pour penser et interpréter les noms à cette époque ; les caractéristiques spécifiques de certaines catégories de noms comme les noms divins, les noms propres ou les noms abstraits ; les relations du nom avec les autres parties du discours ; le nom dans l’économie syntaxique (sujet, objet, construction à verbes support) et l’ordre des mots.
  • Pratiques langagières : la constitution des dictionnaires, les procédés de l’emprunt et de la formation des noms, les problèmes liés à la traduction, les procédés de nomination.
  • Enjeux stylistiques et poétiques : la place du nom dans la construction des figures de rhétorique, les effets de sens des formes nominales (pluriel poétique, nominalisation d’entités abstraites), la valeur poétique des noms propres réels ou fictifs.
  • Enjeux herméneutiques : la référentialité du nom propre dans les univers fictionnels, le rôle des noms propres fictifs dans des traités ou textes théoriques, les lectures à clé.
  • Enjeux sociaux et politiques : les conséquences de la fixation des noms propres voulue par le pouvoir royal et le clergé, les connotations politiques et sociales des noms, l’exigence poétique ou politique de convenance entre le nom et la chose, les pseudonymes, l’imposition du nom.
  • Enjeux artistiques : la représentation des noms propres dans les œuvres plastiques (présence ou substitution du nom).
  • Bibliographie matérielle : insertion de clés, devises, inscription du nom dans l’espace matériel du livre notamment dans les pages de titres, dans l’index, ou dans les illustrations.

Programme du séminaire 2011-2012

Histoire(s)

Toutes les séances ont lieu à l’École normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris.

Mardi 29 novembre 2011
18h – 20h, salle informatique 2
Adeline DESBOIS (Université Paris-Sorbonne) : « Forger une histoire totale » : enjeux et paradoxes de l’écriture de l’histoire chez Jean Lemaire de Belges.

Mardi 13 décembre 2011
19h – 21h, salle informatique 5
19h : Xavier MALASSAGNE (Université Paris-Sorbonne) : L’Histoire universelle d’Aubigné, un texte partisan.
20h15 : Marion BRÉTÉCHÉ (Université Paris-Sorbonne – Fondation Thiers) : Présences hybrides et ambiguës d’histoire à la fin du XVIIe siècle.

Jeudi 19 janvier 2012
18h 30 – 20h 30,  salle des Résistants
Thibault CATEL (Université Paris-Sorbonne) : Les Histoires tragiques de Boaistuau et Belleforest (1559-1582) : quand la nouvelle voulait se faire aussi grande que l’histoire.

Jeudi 2 février 2012
18h 30 – 20h 30,  salle des Résistants
Laurence GIAVARINI (MCF à l’Université de Bourgogne) : L‘Astrée et les savoirs antiquaires.

Mardi 14 février 2012
8h 30 – 10h 30, salle des Résistants
Nicolas LE CADET (MCF à l’Université de Créteil) : Le topos de « l’histoire véritable » dans le Quart Livre de Rabelais.
Le texte de l’intervention est publié dans le numéro 74 de la revue RHR – Réforme Humanisme Renaissance, paru en juin 2012.

Jeudi 8 mars 2012
18h 30 – 20h 30, salle des Résistants
Guilhem DE CORBIER (Université de Poitiers) : Le renouvellement de l’histoire en France pendant les guerres de religion du XVIe siècle : l’exemple de La Popelinière.

Jeudi 29 mars 2012
18h30 – 20h30, salle des Résistants
Adrienne PETIT et Suzanne DUVAL (Université Paris-Sorbonne) : Le Roman Sentimental avant l’Astrée : entre vérité historique et merveille poétique.

Jeudi 3 mai 2012
18h 30 – 20h 30, salle des Résistants
Olivier GUERRIER (Professeur à l’Université de Toulouse II) : Une « histoire parfaite »? L’histoire et ses fictions à la Renaissance.
Caroline TROTOT (MCF à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée) : L’écriture des Mémoires de Marguerite de Valois, fiction de soi dans l’histoire.

Jeudi 24 mai 2012 
18h 30 – 20h 30, salle des Résistants
Adeline LIONETTO-HESTERS (Université Paris-Sorbonne) : La poésie festive de la seconde moitié du XVIe siècle, une forme d’écriture de l’Histoire ?
Claire SICARD (Université Paris-Diderot)  : Ronsard et son coup de Jarnac .

Mardi 5 juin 2012
Journée d’étude « L’histoire à la Renaissance: à la croisée des genres et des pratiques »
École normale supérieure, salle Dussane.
Voir le programme.

Mardi 19 juin 2012 : dernière séance
16h-18h, salle Paul Langevin (29 rue d’Ulm, 1er étage).
Paul-Victor DESARBRES (Université Paris Ouest-Nanterre) : « L’Histoire des troubles du royaume de Hongrie de Martin Fumée (1595) : une histoire au service des idéaux de concorde ».

Histoire(s)

Histoire(s) 

Organisateurs : Rachel Darmon, Adeline Desbois, Arnaud Laimé et Alice Vintenon

En latin déjà, le terme historia possède ces deux significations apparemment opposées, dont le dénominateur commun est l’acte de raconter : « histoire » désigne à la fois le « récit d’événements historiques » et des formes de narration non tenues de se conformer à la réalité historique, voire des fictions fabuleuses. Dès l’Antiquité, les auteurs font jouer la polysémie du terme, soit pour dénoncer le caractère « fictif » de certains récits revendiqués comme historiques (dont ceux du « père des historiens » Hérodote, accusé de rechercher davantage le sensationnel que la fidélité aux faits passés), soit pour rendre attractifs des récits fictionnels en les présentant comme des faits avérés. Le jeu sur la polysémie du terme culmine avec les Histoires Véritables de Lucien, dont le titre ironique signale la distance prise à l’égard des historiens menteurs, et la supériorité éthique d’une fiction qui assume son caractère mensonger.

Qu’en est-il à la Renaissance, période définie par E. Garin comme celle de l’émergence d’une conscience historique marquant l’entrée dans l’ère moderne ? Le passage d’une conception d’un monde stable à un univers en devenir, où l’action du temps sépare définitivement les contemporains d’une Antiquité devenue étrangère, amène chez les humanistes de nouveaux modes d’investigation, de l’enquête philologique au savoir antiquaire.

Tandis que se poursuivent les jeux interrogeant les rapports de l’histoire à la vérité, comme chez Rabelais ou encore chez Marguerite de Navarre, la question des critères de fiabilité du récit historique ressurgit avec une nouvelle acuité : la discussion sur l’authenticité de certains textes (comme les écrits du pseudo-Bérose forgés de toute pièce par Annius de Viterbe) et la confrontation des sources incitent à adopter une distance critique à l’égard des textes qui se présentent comme les récits objectifs d’événements passés. Jean Céard a ainsi montré, dans un article intitulé « L’histoire écoutée aux portes de la légende », que certains récits auparavant considérés comme historiques, comme les chroniques de Turpin, commencent à être mis en cause à la Renaissance, et soupçonnés d’être pure forgerie. On voit ainsi se développer une réflexion sur les qualités nécessaires au bon historien, comme en témoignent, par exemple, les célèbres jugements de Montaigne dans l’essai « Des Livres » (II, 10) ou les réflexions désabusées de l’Arioste sur la part de flatterie que peuvent contenir les récits qui forgent, pour l’éternité, la réputation et la renommée des grands hommes.

À ces réflexions, qui cherchent à définir les conditions de possibilité d’un récit historique objectif et fiable, s’ajoute un débat plus général sur la pertinence même des récits historiques : leur fidélité au réel les rend-elle plus « vrais » que les récits fictionnels ? Le développement des commentaires sur la Poétique d’Aristote semble au contraire suggérer que la poésie, qui atteint l’universel, parvient à un degré supérieur de vérité que celui qui préoccupe les historiens. En outre, le récit des actions passées est-il systématiquement reconnu comme une source d’enseignements et d’exemples moraux ? À ceux qui, comme Amyot, font valoir le profit particulier qu’apporte la lecture de faits avérés, les partisans de la fiction peuvent rétorquer que le récit historique, qui relaie autant les actes répréhensibles que les hauts faits, ne doit pas être soumis aux esprits les plus fragiles. La fiction, libre de gommer le vice et le mal, peut au contraire apparaître comme une source d’exemples qui répondent au mieux aux impératifs de la pédagogie.

Autour de ces réflexions sur la relation entre l’histoire et la vérité, nous souhaiterions notamment accueillir des communications centrées sur les thèmes suivants :

–          Enquête philologique et savoir antiquaire : la réception, à la Renaissance, des historiens mais aussi des monuments antiques ; les réflexions développées à la Renaissance sur les ouvrages d’histoire naturelle, la méthode de l’historien et les critères de validité du récit historique.

–          Histoire et politique : les missions assignées à l’historien et au chroniqueur dans les cours de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance ; la discussion sur l’utilité morale de l’histoire et sa place dans l’éducation des jeunes gens.

–          Histoire et fiction : le rapport entre fiction et histoire dans la poétique de la Renaissance, la place accordée aux mythes dans les ouvrages historiques de commande, et à l’inverse, l’utilisation de l’histoire dans les textes fictionnels.

–          Genre et forme : les formes des récits historiques (vies de grands hommes, histoire d’un peuple, illustration d’une famille) et des histoires fictionnelles (roman, nouvelle, anecdote) ; les réflexions théoriques sur la construction des récits.

–          Herméneutique : le caractère historique du récit biblique, exemple par excellence de récit véridique, et la définition du « sens historique » ou littéral dans l’exégèse biblique, son évolution éventuelle à la faveur de la mise en cause protestante de l’exégèse traditionnelle ; pour l’allégorie païenne, le maintien des thèses évhéméristes comme outil d’interprétation des mythes.

–          Esthétique : la définition et la valeur de l’histoire chez les théoriciens d’art, le rôle de l’histoire racontée par le tableau (la storia) dans la théorie de l’ut pictura poesis et dans l’élaboration des critères de jugement des œuvres picturales.

Expériences

Expériences

Organisateurs : Emmanuel Naya et Anne-Pascale Pouey-Mounou.
Année 2000-2001.

« La raison a tant de formes, que nous ne sçavons à laquelle nous prendre. L’expérience n’en a pas moins ».
(Montaigne, Essais, III, 13).

L’expérience, entendue comme découverte de soi à travers la réalité déconcertante ou savoureuse des choses, comme processus d’acquisition du savoir par essais et tentatives, ou encore comme connaissance issue d’une pratique, est au XVIe siècle une notion problématique autant que fréquente. Tout récemment, T. Cave en a fait la forme même du seul objet d’observation légitime qui s’offre au lecteur contemporain, proposant de lire à fleur de texte des bribes d’expériences complexes que l’on se doit de respecter avant de chercher à les intégrer dans de grandes synthèses simplificatrices. Toutefois, comment ce que nous considérons aujourd’hui comme une expérience était-il pensé au moment même où il était vécu ou relaté ? A une époque où le « moi » est en pleine construction, l’expérience est parfois un objet de discours à part entière – et Montaigne va jusqu’à clore ses Essais sur elle –, parfois une forme de discours permettant le plus souvent d’étayer une démonstration. Si l’expérience devient un objet privilégié à la fin du siècle avec la constitution de l’empirisme montaignien, son statut demeure jusque là incertain. Dans l’ordre argumentatif, le recours à l’auctoritas s’articule avec un discours de l’expérience perçu tantôt comme un passage obligé vers la connaissance unifiée, tantôt comme un simple artifice rhétorique, et qui peut aussi bien ruiner les savoirs collectifs pour établir une vérité individuelle que diluer le sens universel dans un discours sans pertinence. Dans l’ordre esthétique, l’imitatio des modèles antiques s’impose comme une pratique médiée par une expérience singulière, tandis qu’inversement le furor poeticus se définit par opposition à l’expérience des praticiens du langage.

Composante essentielle d’une littérature vouée à produire du sens, du neuf et du beau, l’expérience n’en constitue pas moins une notion instable, qui s’énonce et se reformule dans une langue encore très peu fixée. Ses avatars, ses occurrences et jusqu’à ses surprenantes absences dans les écrits de cette époque invitent à plonger aux sources de son acception actuelle, riche de significations accumulées qui n’allèrent pas  toujours de soi. C’est là toute l’ambigüité d’une notion qui est à la fois tentative, mise à l’épreuve, et essai individuel, point de départ et savoir constitué, ensemble de connaissances dont la valeur est reconnue par la communauté et terme d’un processus d’acquisition de la sagesse, expression d’un goût toujours renouvelé pour le monde et les mots. C’est le statut de l’expérience au XVIe siècle et la reconnaissance même de son existence au sein du phénomène littéraire renaissant qu’il s’agira pour nous d’interroger, en expérimentant à notre tour cette notion polysémique au fil des textes.

Programme :

13 novembre 2000 : Claude La Charité (Paris IV-Sorbonne), « Le Mal français et le gaïac : de la coutume du nouveau monde à l’expérience de l’ancien monde ».

27 novembre 2000 : Pierre Laffitte (E.N.S. Ulm), « L’expérience au XVIe siècle : repérages lexicologiques ».

11 décembre 2000 : Terence Cave (St John’s College, Oxford), sous réserve : rencontre autour de Pré-Histoires. Textes troublés au seuil de la modernité (Genève, Droz, 1999).

22 janvier 2001 : Anne-Pascale Pouey-Mounou (Université de Picardie – Jules Verne), « Un art « plus mental que traditif » : peut-on parler d’une expérience poétique ? ».

5 février 2001 : Stéphan Geonget (Université de Poitiers), « Perplexité et expérience : le jugement de Salomon ».

19 février 2001 : Laurence Giavarini (Université de Bourgogne), « Voir l’expérience ».

5 mars 2001 : Olivier Halévy (Université Stendhal- Grenoble III), « Entre autorité et expérience : quel statut pour la fiction ? ».

19 mars 2001 : Emmanuel Naya (Université de Marne-la-Vallée), « L’expérience selon les « regles de Nature » : Montaigne et l’empirisme sceptique ».

2 avril 2001 : Nicolas Weill-Parot (Université Paris 8- Saint Denis), « L’ « expérience » du magicien et son contexte scientifique (XIIe – XVe siècle) ».

28 mai 2001 : Fabienne Dumontet, « L’interprétation dans le travail du commentaire : exercice ou expérience ? La préface de J.L. Vivès au Commentaire sur la Cité de Dieu».

11 juin 2001 : Marianne Closson, « Les récits de possession aux XVIe et XVIIe siècles ou la question de l’expérience démoniaque ».

Curiosité

La curiosité

Organisateurs : Rachel Darmon, Adeline Desbois, Arnaud Laimé et Alice Vintenon

Etymologiquement dérivée de cura, le « soin », la curiosité apparaît tantôt comme un louable désir de connaître, manifestant la dignitas hominis, tantôt comme la recherche insatiable de vaines nouveautés ou de vérités hors de portée de la condition humaine. Dans notre imaginaire collectif, les plaidoyers exaltés des humanistes pour les disciplines restituées, pour les découvertes philologiques et scientifiques font de la Renaissance un âge d’or de la  bonne curiosité.

Pourtant, l’enthousiasme de cette époque ne va jamais sans une profonde réflexion sur les limites de la connaissance : l’héritage augustinien semble amener ces mêmes humanistes à censurer cet appétit de savoir, soupçonné d’être le ferment de l’orgueil et de faire oublier la priorité de la foi. Cette valorisation de l’humilité s’inspire également du modèle antique de Socrate, auquel Erasme attribue le mérite d’avoir « détourné les hommes de la curiosité pour des sujets qui ne les concernent pas » (Apophtegmes III, Socratica 22), comme les sciences de la nature, au profit des investigations apparemment plus modestes de la morale. L’expression de l’ambivalence de la libido sciendi est portée à son comble dans le propos paradoxal du De incertitudine et vanitate omnium scientiarum d’Henri-Corneille Agrippa (1530), qui accumule de manière encyclopédique la totalité des doctrines et des disciplines développées par l’homme afin de démontrer leur vanité : la simplicité d’esprit est valorisée comme l’attitude la plus proche de la sainteté.

Quels critères sont alors utilisés pour distinguer bonne et mauvaise curiosité ? Si la ligne de partage semble parfois se superposer aux frontières disciplinaires, en condamnant par exemple des sciences aux objets extraordinaires ou lointains comme l’astrologie ou la divination, les travaux de Jean Céard ont montré que certains philosophes de la Renaissance mettaient parfois en question, de manière plus générale, la pertinence de l’assimilation de la curiosité à la rareté et se demandaient si les « merveilles » dignes d’investigation devaient être recherchées dans les phénomènes exceptionnels ou dans les réalités quotidiennes.

Il faut donc, on le voit, réinterroger sans cesse les valeurs données à la curiosité au cours de la Renaissance. Les communications pourront adopter des approches pluridisciplinaires et s’inscrire notamment dans les perspectives suivantes :

1)      Le lexique de la curiosité : désignant à la fois le sujet et l’objet de la curiosité, l’adjectif « curieux » renvoie à des réalités différentes, selon son contexte d’utilisation, qu’il conviendra de définir. Il faudra également distinguer la curiosité de notions voisines, comme l’étonnement ou la « merveille ».

2)      Les représentations du curieux à la Renaissance : on pourra par exemple se demander si le curieux est doté, chez les médecins, d’une complexion humorale particulière, et si ses représentations picturales se rapprochent de physionomies connues, comme celle du mélancolique. Les travaux pourront porter sur les représentations littéraires inspirées de figures mythiques (Actéon, Prométhée) ou historiques (Thalès) de la curiosité, ou sur des personnages de curieux forgés par les auteurs de la Renaissance, comme le Curieux de Pontus de Tyard, Panurge, ou le « curieux impertinent » de Cervantès. De même, on pourra s’interroger sur la manière dont les savants (philologues, astronomes, voyageurs, etc.) décrivent et justifient leur propre appétit intellectuel.

3)      Le savoir et la curiosité : favorisé par l’essor de l’imprimerie, le travail érudit des philologues sur les textes anciens peut, par exemple, apparaître comme une nouvelle forme de curiosité, suspecte de vanité et tenue de prouver son utilité dans la cité. Qu’en est-il vraiment ? On pourra de même s’intéresser aux manifestations concrètes de la curiosité à la Renaissance, du développement des éditions savantes à l’essor des cabinets de curiosité. Il faudra bien sûr aussi étudier le rôle de la curiosité dans la construction des savoirs scientifiques : on pourra se demander dans quelle mesure sont corrélés curiosité et progrès scientifique, et comment évolue la notion du XVIe au XVIIe siècle, où science et philosophie se marient plus étroitement.

4)      La place de la curiosité dans les polémiques religieuses et philosophiques de la Renaissance : on pourra évaluer l’impact des nouveaux courants religieux (devotio moderna, évangélisme, Réforme), travailler sur les différentes cibles que vise, au cours du XVIe siècle, l’accusation de « vaine curiosité », comme la rationalité scolastique, la lecture directe de la Bible prônée par les Réformés, l’exégèse allégorique pratiquée par les catholiques, …

5)      La place de la curiosité dans la vie morale : jusque dans les théories contemporaines du care, l’extension qu’il convient de donner à l’intérêt pour autrui constitue l’une des questions fondamentales de la philosophie politique, et l’on pourra s’interroger sur les limites que la philosophie de la Renaissance assigne à cette manifestation de la curiosité.

(Ad)mirer

(Ad)mirer (2003-2004)

Organisatrices : Elsa Kammerer, Anne-Hélène Klinger et Anne-Laure Metzger-Rambach.

Le verbe mirer fait se rencontrer plusieurs champs sémantiques à la Renaissance. Le regard qui mire un objet – beauté féminine, merveille naturelle, œuvre d’art – l’observe, le contemple, se concentre sur lui, voire, dans les domaines de la chasse ou du jeu, le vise. La forme réflexive se mirer exprime la quête d’une règle, d’un exemple, d’un modèle à imiter, ou encore chez Montaigne, d’une connaissance de soi médiatisée par l’observation d’autrui. Il n’est qu’à mesurer l’engouement de cette époque pour les devises, médailles, emblèmes et autres représentations symboliques pour constater que le visible, l’exemplaire et l’admirable sont alors susceptibles de perceptions et de réalisations artistiques communes. Mirer, tout comme son composé admirer, renvoie à un état affectif intense, une « commotion de l’âme », qui se décline selon des modes parfois bien étrangers à notre admiration moderne, qu’il s’agisse de « l’ébaïssance » du voyageur, de la réaction suscitée par la merveille et le mystère, ou encore de l’inspiration du poète « tiré », « ravi en admiration ». Dans quelle mesure la connaissance humaine et l’activité scientifique, littéraire et artistique de la Renaissance sont-elles animées par ces « manières de voir » dont nous voudrions explorer la spécificité ? Si l’admiration constitue peut-être une des formes privilégiées de l’optimisme dont on crédite mainte réalisation de cette époque, ne fait-elle pas aussi l’objet, dans le contexte de l’imitation ou de la créance accordée aux miracles par exemple, de mises en garde et d’une certaine défiance ? Autant de questions que nous aimerions défricher ensemble, autour de textes connus et moins connus allant de la fin du Moyen Âge au seuil du XVIIe siècle, afin de discerner, au croisement d’approches disciplinaires différentes, ce que la polysémie d’(ad)mirer révèle du foisonnement complexe de la pensée, des arts et des savoirs de la Renaissance.

24 novembre 2003 :
Anne-Hélène Klinger (Université de Lille 3)
« Figures de l’admiration et du ravissement chez Charles de Bovelles »

15 décembre :
Agathe Sultan (Université de Paris IV-Sorbonne)
Miroirs sonores : les motets de Guillaume de Machaut, du microcosme au macrocosme.

12 janvier :
Anne-Sophie Germain (Université de Picardie)
Les Merveilles de la ville de Rome : les guides de Rome à la Renaissance et leur influence sur l’admiration des voyageurs français.

2 février :
Benedikte Andersson (Université de Versailles Saint Quentin)
Le miel de la merveille admirer pour écrire. Etienne Binet, Le Livre des merveilles (1621)

3 mai :
Céline Bohnert ( Université de Paris IV)
« Ce beau sujet le miracle d’amour » : admiration et ravissement dans Le Combat de l’Amour et de la Chasteté de François Mandelot (1619) et L’Adonis de la Cour de Claude Favier (1624)

24 mai :
Grégoire Holtz (Université de Paris IV)
L’Admiration de la nature dans les pérégrinations (1611-1617) : les récits de François Pryrad et de Jean Mocquet.

7 juin :
Claire Couturas (Paris) et Bruno Roger-Vasselin (Paris)
Séance à partir des Essais de Montaigne.

14 juin :
Anne-Pascale Pouey-Mounou (Université de Picardie-Jules Verne)
Les Admirations de Panurge.

Fantaisie

Fantaisie (2008-2009)

Organisateurs : Céline Bohnert, Nicolas Correard, Karine Descoings et Arnaud Laimé.

Sous la plume de Montaigne, la fantaisie est placée à la croisée des chemins entre un processus cognitif universel et un trésor mental amassé au fil d’expériences singulières : elle est une faculté qu’il convient de tenir en bride mais aussi l’expression d’une nature unique. Si le terme grec phantasia, dérivé de phôs, la « lumière », désigne à l’origine la faculté commune de se représenter mentalement le sensible, l’équivalent français, « fantaisie », en est venu à évoquer les chimères individuelles, les caprices et les vagabondages intellectuels. Ce terme, réservé dans l’Antiquité à des emplois savants, dans les réflexions philosophiques, esthétiques ou rhétoriques, pour désigner une faculté qui participait du processus cognitif, a pourtant toujours suscité une certaine défiance liée à sa dépendance envers les images et la sensation, dont la fiabilité et l’universalité demeuraient problématiques. Au cours de la période moderne, la notion perdra de sa densité conceptuelle et suscitera une défiance plus grande encore, comme l’imagination, « maîtresse d’erreur et de fausseté » voire « folle du logis », avec laquelle elle se confond parfois. La Renaissance apparaît comme une étape essentielle dans l’évolution de la notion : c’est à ce moment peut-être que le terme recouvre sa plus grande richesse notionnelle. Cette polysémie, constituée au carrefour de l’héritage antique et de réélaborations philosophiques, artistiques et poétiques nouvelles, annonce le basculement d’une conception de la fantaisie comme faculté universelle vers l’idée de la singularité individuelle éventuellement capricieuse.

Le séminaire cette année sera ainsi consacré à la fantaisie, dont nous examinerons les enjeux dans les domaines de la connaissance, de l’action et de la création.

  • En articulant le sensible et l’intelligible, la fantaisie nous permettra d’explorer les théories de la sensation et de ses pathologies, la question des passions aussi bien que les mécanismes de la pensée.
  • La notion, qui interroge également la pensée de la représentation, pourra éclairer le débat sur la mimesis, le paragone des arts et le rôle dévolu à l’image, origine et fin de la production artistique. On explorera ses liens à des notions comme l’enargeia rhétorique, l’imagination, la rêverie et le caprice. On ne négligera pas non plus les termes dérivés comme phantastique, fantasier, fantastiquer, fantasme ou même fantôme.
  • Enfin, alors qu’émerge au cours du siècle l’idée de fantaisie singulière, il faudra voir comment le terme a pu se décliner sous une série de formes esthétiques, voire de genres, propres aux différents arts, en musique, en peinture ou en littérature.

Progamme :

12 janvier :
Karine Descoings
Fantasma d’amore, quand la bien-aimée vient hanter son poète

12 janvier :
Alice Vintenon
« Phantasia loquitur : le problème de la réception des fictions de l’imagination dans la théorie littéraire du XVIe siècle »

9 février :
Agnès Rees
La fantaisie chez Ronsard

Christine Pigné
Le mouvement de l’imagination dans certaines œuvres tardives de Ronsard

16 mars :
Louis Picard
« Monstres naiz dedans la fantaisie » : un aspect de la méditation amoureuse chez Ronsard et Shakespeare

27 avril :
Luce Albert
Quand phantasie rime avec hérésie : Calvin et la secte phantastique et furieuse des libertins qui se nomment spirituelz »

18 mai :
Alice Lamy
L’ambivalence de la phantasia dans le premier humanisme parisien et ses valeurs noétiques et spirituelles  : l’exemple de Pierre d’Ailly et de Jean Gerson.

8 juin :
Pierre Darnis
Fantasía, imaginativa et romans de chevalerie : folie et normalité livresques de don Quichotte