Appel 2013-2014

L’image à la Renaissance et au premier XVIIe siècle

Le thème que nous vous proposons pour l’année 2013-2014 est « Image ». Conscients de l’ampleur d’un tel sujet, nous voudrions l’aborder sans présomption ni prétention d’exhaustivité, mais non sans exigence : c’est précisément la diversité de ses champs d’application et de ses significations qui nous pousse à mettre ce thème sur le métier et à le soumettre à une réflexion collective, plurielle et transdisciplinaire. Il nous semble offrir un point de rencontre idéal pour un séminaire s’adressant à de jeunes chercheurs désireux d’appréhender leur période d’étude dans toute sa complexité.

L’image renvoie tour à tour à l’iconologie (y a-t-il un langage propre à l’image ?), à la stylistique (la représentation suscitée par l’emploi de figures comme les tropes), la philosophie (réévaluation du statut de l’image dans le néoplatonisme ficinien, renouvellement des lectures aristotéliciennes), la théologie et les pratiques liturgiques (tendances iconoclastes et iconophiles, qui ne recoupent pas systématiquement la partition entre Réforme et Contre-Réforme), l’épistémologie (capacité de l’image et de l’imagination à faire accéder à la vérité). Aucune de ses approches n’en épuise le sens.

Le statut et le rôle de l’image au XVIe et au début du XVIIe siècle sont très éloignés des usages contemporains. L’image, en tant que produit de l’imagination, l’une des principales facultés de l’âme, est au coeur de l’« anthropologie » de la Renaissance qui s’interroge sur sa puissance persuasive et émotive ainsi que sur les mécanisme psychiques et cognitifs qu’elle met en jeu, notamment dans les traités des passions. Omniprésente, elle demande à être analysée selon des termes et critères spécifiques à cette période. Moment d’exploration enthousiaste et renouvelée, l’on s’y essaye à toutes les combinaisons possibles du texte et de l’image : emblème, hiéroglyphe au sens donné par les humanistes, livre-galerie, arts de mémoire, etc.

Nous espérons ainsi mieux évaluer la dimension matérielle et visuelle de la culture de la Renaissance et du XVIIe siècle, en prenant en compte l’inscription des signes sur la page, et en considérant le livre comme un objet tangible et visible. Un des premiers modes d’inscription du rapport texte/image se fait dans la matérialité de l’ouvrage imprimé (gravure, taille-douce, etc.). Tant s’en faut pourtant que l’image se réduise à un rôle illustratif : sa relation avec le texte est bien souvent, au contraire, le point de départ d’une interrogation herméneutique.

Le renouveau pédagogique place l’image au coeur du processus éducatif, que ce soit, comme chez Érasme, par une réflexion sur l’enargeia ou plus tard dans les collèges jésuites qui n’hésitent pas à recourir à différents supports d’images dans l’enseignement (tableaux, estampes à sujet religieux, historique ou moral ; livres illustrés sur l’histoire sainte, l’histoire de France, la mythologie, planches didactiques, etc.). L’image est également partie prenante de la quête d’un langage universel, plus proche des mystères divins qui ne se laissent pas réduire au seul langage verbal.

Comment « lit-on » une image à cette époque ? L’image signifie-t-elle de la manière que le texte ? Quel est le sens du ut de « ut pictura poesis » : rapport d’identité entre les deux ou simple similitude métaphorique ? Doit-on opposer systématiquement une lecture rhétorique de l’image à un type d’analyse fondé sur le concret des formes, qui souligne que textes et images ne sont pas réductibles l’un à l’autre ?

Nous avons définis les cinq axes de recherche suivants pour orienter les problématiques de nos séances. Il s’agit là d’une proposition, qui pourra être nuancée et complexifiée selon les propositions de communication.
1. Image et imagination. Les rapports qu’entretiennent la faculté imaginative et l’image, notamment dans les textes médicaux, rhétoriques ou fictifs seront à explorer.
2. Image et texte. Il s’agira d’étudier les rapports qu’entretiennent les images imprimées (emblèmes, illustrations, marques typographiques d’imprimeurs, etc.) avec le texte en regard duquel elles s’inscrivent.
3. Rhétorique de l’image. La place et l’usage de l’image dans les Belles Lettres (rhétorique, poésie, fiction narrative ou dramatique). Les figures de l’enargeia (description, hypotypose, ekphrasis) ou encore la métaphore, connue depuis Aristote pour sa capacité imageante, pourront faire l’objet d’études spécifiques.
4. Pédagogie et exemplarité. L’image sera ici envisagée comme technique didactique éprouvée qu’il s’agisse d’édifier, d’enseigner ou d’expliquer.
5. Philosophie et théologie. On rendra compte des interrogations de l’époque sur le pouvoir de la représentation. L’image est-elle un guide ou un obstacle à la vérité ?

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