Expériences

Expériences

Organisateurs : Emmanuel Naya et Anne-Pascale Pouey-Mounou.
Année 2000-2001.

« La raison a tant de formes, que nous ne sçavons à laquelle nous prendre. L’expérience n’en a pas moins ».
(Montaigne, Essais, III, 13).

L’expérience, entendue comme découverte de soi à travers la réalité déconcertante ou savoureuse des choses, comme processus d’acquisition du savoir par essais et tentatives, ou encore comme connaissance issue d’une pratique, est au XVIe siècle une notion problématique autant que fréquente. Tout récemment, T. Cave en a fait la forme même du seul objet d’observation légitime qui s’offre au lecteur contemporain, proposant de lire à fleur de texte des bribes d’expériences complexes que l’on se doit de respecter avant de chercher à les intégrer dans de grandes synthèses simplificatrices. Toutefois, comment ce que nous considérons aujourd’hui comme une expérience était-il pensé au moment même où il était vécu ou relaté ? A une époque où le « moi » est en pleine construction, l’expérience est parfois un objet de discours à part entière – et Montaigne va jusqu’à clore ses Essais sur elle –, parfois une forme de discours permettant le plus souvent d’étayer une démonstration. Si l’expérience devient un objet privilégié à la fin du siècle avec la constitution de l’empirisme montaignien, son statut demeure jusque là incertain. Dans l’ordre argumentatif, le recours à l’auctoritas s’articule avec un discours de l’expérience perçu tantôt comme un passage obligé vers la connaissance unifiée, tantôt comme un simple artifice rhétorique, et qui peut aussi bien ruiner les savoirs collectifs pour établir une vérité individuelle que diluer le sens universel dans un discours sans pertinence. Dans l’ordre esthétique, l’imitatio des modèles antiques s’impose comme une pratique médiée par une expérience singulière, tandis qu’inversement le furor poeticus se définit par opposition à l’expérience des praticiens du langage.

Composante essentielle d’une littérature vouée à produire du sens, du neuf et du beau, l’expérience n’en constitue pas moins une notion instable, qui s’énonce et se reformule dans une langue encore très peu fixée. Ses avatars, ses occurrences et jusqu’à ses surprenantes absences dans les écrits de cette époque invitent à plonger aux sources de son acception actuelle, riche de significations accumulées qui n’allèrent pas  toujours de soi. C’est là toute l’ambigüité d’une notion qui est à la fois tentative, mise à l’épreuve, et essai individuel, point de départ et savoir constitué, ensemble de connaissances dont la valeur est reconnue par la communauté et terme d’un processus d’acquisition de la sagesse, expression d’un goût toujours renouvelé pour le monde et les mots. C’est le statut de l’expérience au XVIe siècle et la reconnaissance même de son existence au sein du phénomène littéraire renaissant qu’il s’agira pour nous d’interroger, en expérimentant à notre tour cette notion polysémique au fil des textes.

Programme :

13 novembre 2000 : Claude La Charité (Paris IV-Sorbonne), « Le Mal français et le gaïac : de la coutume du nouveau monde à l’expérience de l’ancien monde ».

27 novembre 2000 : Pierre Laffitte (E.N.S. Ulm), « L’expérience au XVIe siècle : repérages lexicologiques ».

11 décembre 2000 : Terence Cave (St John’s College, Oxford), sous réserve : rencontre autour de Pré-Histoires. Textes troublés au seuil de la modernité (Genève, Droz, 1999).

22 janvier 2001 : Anne-Pascale Pouey-Mounou (Université de Picardie – Jules Verne), « Un art « plus mental que traditif » : peut-on parler d’une expérience poétique ? ».

5 février 2001 : Stéphan Geonget (Université de Poitiers), « Perplexité et expérience : le jugement de Salomon ».

19 février 2001 : Laurence Giavarini (Université de Bourgogne), « Voir l’expérience ».

5 mars 2001 : Olivier Halévy (Université Stendhal- Grenoble III), « Entre autorité et expérience : quel statut pour la fiction ? ».

19 mars 2001 : Emmanuel Naya (Université de Marne-la-Vallée), « L’expérience selon les « regles de Nature » : Montaigne et l’empirisme sceptique ».

2 avril 2001 : Nicolas Weill-Parot (Université Paris 8- Saint Denis), « L’ « expérience » du magicien et son contexte scientifique (XIIe – XVe siècle) ».

28 mai 2001 : Fabienne Dumontet, « L’interprétation dans le travail du commentaire : exercice ou expérience ? La préface de J.L. Vivès au Commentaire sur la Cité de Dieu».

11 juin 2001 : Marianne Closson, « Les récits de possession aux XVIe et XVIIe siècles ou la question de l’expérience démoniaque ».

Publicités