Fantaisie

Fantaisie (2008-2009)

Organisateurs : Céline Bohnert, Nicolas Correard, Karine Descoings et Arnaud Laimé.

Sous la plume de Montaigne, la fantaisie est placée à la croisée des chemins entre un processus cognitif universel et un trésor mental amassé au fil d’expériences singulières : elle est une faculté qu’il convient de tenir en bride mais aussi l’expression d’une nature unique. Si le terme grec phantasia, dérivé de phôs, la « lumière », désigne à l’origine la faculté commune de se représenter mentalement le sensible, l’équivalent français, « fantaisie », en est venu à évoquer les chimères individuelles, les caprices et les vagabondages intellectuels. Ce terme, réservé dans l’Antiquité à des emplois savants, dans les réflexions philosophiques, esthétiques ou rhétoriques, pour désigner une faculté qui participait du processus cognitif, a pourtant toujours suscité une certaine défiance liée à sa dépendance envers les images et la sensation, dont la fiabilité et l’universalité demeuraient problématiques. Au cours de la période moderne, la notion perdra de sa densité conceptuelle et suscitera une défiance plus grande encore, comme l’imagination, « maîtresse d’erreur et de fausseté » voire « folle du logis », avec laquelle elle se confond parfois. La Renaissance apparaît comme une étape essentielle dans l’évolution de la notion : c’est à ce moment peut-être que le terme recouvre sa plus grande richesse notionnelle. Cette polysémie, constituée au carrefour de l’héritage antique et de réélaborations philosophiques, artistiques et poétiques nouvelles, annonce le basculement d’une conception de la fantaisie comme faculté universelle vers l’idée de la singularité individuelle éventuellement capricieuse.

Le séminaire cette année sera ainsi consacré à la fantaisie, dont nous examinerons les enjeux dans les domaines de la connaissance, de l’action et de la création.

  • En articulant le sensible et l’intelligible, la fantaisie nous permettra d’explorer les théories de la sensation et de ses pathologies, la question des passions aussi bien que les mécanismes de la pensée.
  • La notion, qui interroge également la pensée de la représentation, pourra éclairer le débat sur la mimesis, le paragone des arts et le rôle dévolu à l’image, origine et fin de la production artistique. On explorera ses liens à des notions comme l’enargeia rhétorique, l’imagination, la rêverie et le caprice. On ne négligera pas non plus les termes dérivés comme phantastique, fantasier, fantastiquer, fantasme ou même fantôme.
  • Enfin, alors qu’émerge au cours du siècle l’idée de fantaisie singulière, il faudra voir comment le terme a pu se décliner sous une série de formes esthétiques, voire de genres, propres aux différents arts, en musique, en peinture ou en littérature.

Progamme :

12 janvier :
Karine Descoings
Fantasma d’amore, quand la bien-aimée vient hanter son poète

12 janvier :
Alice Vintenon
« Phantasia loquitur : le problème de la réception des fictions de l’imagination dans la théorie littéraire du XVIe siècle »

9 février :
Agnès Rees
La fantaisie chez Ronsard

Christine Pigné
Le mouvement de l’imagination dans certaines œuvres tardives de Ronsard

16 mars :
Louis Picard
« Monstres naiz dedans la fantaisie » : un aspect de la méditation amoureuse chez Ronsard et Shakespeare

27 avril :
Luce Albert
Quand phantasie rime avec hérésie : Calvin et la secte phantastique et furieuse des libertins qui se nomment spirituelz »

18 mai :
Alice Lamy
L’ambivalence de la phantasia dans le premier humanisme parisien et ses valeurs noétiques et spirituelles  : l’exemple de Pierre d’Ailly et de Jean Gerson.

8 juin :
Pierre Darnis
Fantasía, imaginativa et romans de chevalerie : folie et normalité livresques de don Quichotte

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