Vacances

Vacances (2001-2002)

Organisateurs : Anne-Hélène Klinger, Anne-Pascale Pouey-Mounou et Nicolas Weill-Parot.

– Paige, mon amy, emplis icy et couronne le vin, je te pry.
Natura abhorret vacuum.
– Diriez-vous qu’une mousche y eust beu ?
(F. Rabelais, Gargantua,  » Les propos des bien yvres « )

 » Vaguer  » et  » vaquer  » au XVIe siècle, vagabonder, divaguer, extravaguer même parfois, est-ce partir en quête d’une difficile plénitude ou plutôt s’interroger sur la raison d’être de réalités inassignables, d’inconsistances subites, de pensées minoritaires dans un ordre du monde et du langage mal préparé à les accueillir ? Loin d’être inscrite dans l’ordre régulier des choses comme elle peut l’être de nos jours, la  » vacance  » possède alors un caractère impromptu dans une nature qui, on le sait,  » abhorre le vague  » ou le vide ; et son contraire n’est peut-être pas tant la plénitude qu’une forme de légitimité qui se cherche à travers les divagations du langage.

Car la  » vacance  » revêt dans le langage de l’époque les contours imprécis d’une notion toujours prompte à susciter en son sein les réseaux connexes de l’ » inanité  » déployée sous toutes ses formes, du vide ou du  » vague « , de la vacuité et du vagabondage, et même de la vague, dont l’ » onde vagabonde  » invite tour à tour à l’exploration apeurée des abîmes et aux errances amoureuses. Plus encore, cette notion n’a peut-être d’unité que celle que les écrivains lui accordent en jouant de cette polysémie, eux qui à force de jeux de mots et d’approximations inventent un langage dont les résonances se rencontrent, se heurtent et se précisent mutuellement.

Dire et penser le  » vague  » au XVIe siècle, c’est donc peut-être aussi faire de lui un langage et inventer, non pas les mots pour dire une expérience du vide éventuellement vécue, mais plutôt le statut de réalités indécises, menaçantes ou insignifiantes, qui en se déployant entre le  » tout  » et le  » rien  » conjuguent le vide à l’extravagance. Se demander  » si le vague reçoit les formes vagabondes « , c’est déjà faire de l’épicurisme un langage pour une imagination en quête d’elle-même, et hésiter à propos du vide entre le platonisme, l’aristotélisme ou l’épicurisme, c’est répondre à un appel du vide d’autant plus pressant qu’il engage l’avenir de toute création esthétique. Que les états du corps et de l’âme hésitent entre le néant et la divagation, et c’est déjà une littérature nouvelle qui s’affirme et revendique ses propres voies. Que la vacance du pouvoir s’impose sans remède immédiat, et c’est tout un ordre du monde et du langage qu’il faut reformuler en repensant l’ordre politique. Et mettre en scène la chute d’un objet  » par le vide  » ou une île flottante vagabondant sur les vagues, c’est explorer les frontières mal affermies d’un monde plus instable qu’il n’y paraît. Le  » vague « , le vide et le vain, indissolublement apparentés dans les textes sinon dans l’étymologie, à travers l’idée d’une  » vacance  » polysémique, ne seraient-ils pas les indices d’une quête rigoureuse de légitimité qui s’effectue dans, et par le  » vague  » des mots et des choses ?

Programme :

11 mars :
Marie Gaille (Université de Paris X-Nanterre)
Le pouvoir comme lieu vide : Machiavel et la mise en scène de la vacance du pouvoir

25 mars :
Myriam Marrache (Université de Poitiers)
Texte copieux et ventres creux : le souper des Lanternes de Rabelais

8 avril :
John Nassichuk
Communication sur Louis des Masures (titre à préciser)

29 avril :
Emmanuelle Hénin

6 / 13 mai :
Anne-Laure Metzger (Paris)
Conjurer le vide : le cas de La Nef des Fous de Sebastian Brant à Pierre Rivière (1494-1497)

27 mai :
Tristan Dagron

10 juin :
Bénédicte Beaumin (Paris)
Vague sémantique et vagabondage stylistique chez Pétrarque : étude comparée du De Vita solitaria et du De Otio religioso

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