Mémoire

Mémoire (2006-2007)

Organisateurs : Céline Bohnert, Grégoire Holtz, Elsa Kammerer et Anne-Hélène Klinger-Dollé

L’essor de l’imprimerie au XVIe siècle, relayé par la promotion de la culture humaniste contre les méthodes et les écrits des générations précédentes, pourrait laisser attendre un combat entre écriture et mémoire, sur le mode du « Ceci tuera cela ». Les études majeures de F. A. Yates, Paolo Rossi ou Lina Bolzoni ont démontré qu’il n’en est rien : la Renaissance s’avère, paradoxalement, l’âge d’or de la mémoire et des « arts » chargés de la développer.
Plus encore, la notion de « mémoire » __ qu’il s’agisse de la faculté humaine de se souvenir, de la réputation des grands hommes ou du monument qui conserve la mémoire __ conquiert alors de nouveaux territoires dans l’ensemble de la création littéraire, historique, artistique ou philosophique. Un penseur comme Bovelles remodèle la tradition aristotélicienne et augustinienne : il accorde à la mémoire un rôle de premier plan en définissant l’intelligence humaine comme l’union intime de l’intellect et de la faculté remémorative. Mnémosyne continue de patronner largement la poésie et les arts libéraux ; dans le même temps, la prédilection pour toutes les formes de reviviscence du passé favorise l’exploration de certaines modes poétiques comme celle des tombeaux, ou encore la promotion de la langue nationale dont la conservation et l’enrichissement constituent un enjeu problématique tout au long du siècle. L’intérêt pour le passé des hommes __ la « reverence de l’antiquaille » dont se joue Rabelais __ suscite aussi la multiplication des recueils d’Antiquitez et de Memoires des pays et des villes, ou encore les anthologies de proverbes anciens et même populaires. Les « memoires » sont pour leur part recherchés tant par les écrivains et historiens que par les imprimeurs. Le terme peut désigner aussi bien le genre historique des mémoires, en pleine expansion depuis Commynes, que les premiers témoignages manuscrits dont les voyageurs font la source authentique de leur propre relation. La chasse aux « lettres », « memoires », « papiers » et « brouillars » concerne par exemple l’histoire apologétique d’un Sully, mais aussi la remémoration des contrées nouvellement découvertes.

Nous chercherons dans quelle mesure la notion de «mémoire » – qui peut informer jusqu’à la présentation formelle et matérielle des œuvres elles-mêmes – préside à l’activité littéraire, scientifique et artistique à la Renaissance. La notion évolue-t-elle à mesure que l’écriture s’emploie à perpétuer le souvenir d’objets inédits ou redécouverts ? Les textes jouent-ils, consciemment ou non, de la polysémie du terme ?

En nous fondant sur une riche tradition d’études critiques sur la mémoire à la Renaissance, nous explorerons ces questions durant toute l’année. L’étude précise d’un ou plusieurs textes allant de la fin du Moyen Âge au début du XVIIe siècle ouvrira la discussion et fera l’objet d’une lecture commune approfondie. Notre approche, littéraire, accueille très volontiers la contribution d’historiens, d’historiens d’art et de philosophes, ainsi que de littéraires spécialistes des différents domaines linguistiques européens et de la littérature néo-latine.

6 novembre 2006
Parcours bibliographique et méthodologique.
Grégoire Holtz (Paris) :
L’écriture des mémoires au XVIe siècle : du document à l’apologie.

18 décembre 2006
Anne-Sophie De Franceschi (Université de Picardie-Jules Verne) :
Rome, un mémorial de la Terre sainte pendant la Contre-Réforme.

29 janvier 2007
Laetitia Sansonetti (Université Paris III-Sorbonne Nouvelle) :
Vérité historique, vérité personnelle : le rôle de la mémoire dans la création d’une identité littéraire chez les auteurs élisabéthains (Spenser, Drayton, Shakespeare).

5 mars 2007
Natacha Salliot (Université de Nice) et Audrey Duru (Université Lyon III) :
Mémoire, dévotion et spiritualité.

2 avril 2007
Anne-Hélène Klinger-Dollé (Paris) :
Conceptions philosophiques de la mémoire et pédagogie, de Charles de Bovelles à Pierre de La Ramée.

21 mai 2007
Agnès Rees (Université de Reims) :
Poésie et mémoire dans quelques œuvres de Ronsard et de Du Bellay (1550-1559) : du modèle rhétorique à l’élaboration d’une mémoire poétique.

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