Maîtres-maîtrise

Maîtres-maîtrise (2007-2008)

Organisateurs : Céline Bohnert, Karine Descoings, Arnaud Laimé et Agnès Passot-Mannooretonil.

« De maître Eckart à maître Pathelin, les hommes du Moyen Âge et de l’humanisme naissant ont plaisir à reconnaître la qualité de maître et sont enclins à distribuer ce titre : maître artisan, maître ès arts, mais aussi maître des hautes œuvres ou bourreau, maître coq en cuisine, notaire, prêtre, membre du Parlement, théologiens, savants… chaque domaine de savoir, technique et abstrait, reconnaît l’autorité de maîtres. Mais le XVIe siècle s’amuse également à jouer avec ce qui est devenu une figure : « Maistre Jehan » est aussi bien le grand clerc que le mari trompé, l’ivrogne, le cocu ou le vaurien − l’expert ou la dupe. En des temps où les humanistes ne cessent de repenser les formes et la transmission du savoir, les railleries de Rabelais sur les théologiens et leur science « magistronostrale » − et plus généralement sa mise en question de tout dépositaire du savoir − expriment à la fois une permanence du modèle et une critique du caractère formel et parfois figé de la maistrie médiévale. L’humanisme semble en effet promettre une émancipation de la pensée et de l’individu par rapport aux grandes figures et aux fonctions de maître. Mais ces dernières n’en restent pas moins un élément essentiel du fonctionnement d’une société et de savoirs temporels et spirituels hiérarchisés aussi bien qu’une matrice féconde pour l’imaginaire de l’époque. La richesse et la plasticité de la notion de maître à la Renaissance ne viennent-elle pas entre autres de la tension que suppose la réorganisation des hiérarchies ? La refondation des études au sein des collèges, héritiers de la tradition médiévale, où le maître devient peu à peu auteur, la création de nouveaux lieux de formation et de recherche (collège royal, académies…), l’avènement de cercles poétiques importants où s’élaborent des savoirs ou des pratiques nouvelles qui peuvent même modifier le fonctionnement d’institutions parfois anciennes font ainsi apparaître de nouveaux types de maîtres assez éloignés du docte maître de faculté, le magister. À travers les ambivalences que suscite cette notion, on voit transparaître la tension entre la réduplication d’un savoir, d’une technique et le désir d’accroître, d’augmenter ce savoir (car telle est l’étymologie du terme magister) qui traverse également le débat entre l’imitatio, copie parfois stérile de l’œuvre du maître et l’aemulatio qui cherche à la dépasser ou, du moins, à l’actualiser, à se l’approprier. Comment ces nouveaux rapports entre maîtres et disciples se constituent-ils et comment sont-ils représentés ? Par exemple, en quels termes la vénération pour un Dorat ou un Lefèvre d’Étaples est-elle formulée ? Comment l’attachement d’un Marot, d’un Brodeau ou d’un Charles Fontaine pour Marguerite de Navarre, qui exerce sur ses protégés un rayonnement spirituel et poétique autant qu’une autorité hiérarchique, s’exprime-t-il ? »

lundi 26 novembre :
Présentation du thème d’année par les organisateurs.
Agnès Passot-Mannooretonil (Paris) :
Marguerite de Navarre (1492-1549), maîtresse des coeurs et des esprits

lundi 21 janvier :
Natalia Bercea-Bocskai (Universités de Cluj et de Genève) :
Le jugement de Midas : mauvais lecteurs et bons maîtres dans les Epistres invectives d’Hélisenne de Crenne (1539)

lundi 18 février :
Élise Rajchenbach (Paris III-Sorbonne Nouvelle) :
Quelques figures de maîtres à Lyon entre 1545 et 1550 : questions d’autorité

lundi 31 mars :
Arnaud Laimé (Paris 8) :
Rabelais et ses maîtres : visions de la maîtrise dans les romans rabelaisiens

lundi 14 avril :
Nicolas Corréard (Paris VII)
La foire aux maîtres : les réécritures humanistes de la Vitarum auctio de Lucien de Samosate

lundi 19 mai :
Candice Delisle (The Wellcome Institute for the Medicine at UCL London) :
Intervention sur l’histoire de la médecine

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